L'amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence

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L'amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence

Message  Kester le Ven 29 Mai 2015 - 18:45

L'amant de Lady Chatterley
de D.H. Lawrence


Résumé :

Épouse frustrée d'un mari infirme, Constance Chatterley vit avec son garde-chasse une passion où le désir physique est indissociable de la complicité spirituelle. Bravant les interdits de leur milieu, les deux amants iront jusqu'au bout de leur défi et donneront naissance à un fils.
Objet de scandale à sa parution en 1928, ce roman est pourtant bien davantage qu'un " classique de l'érotisme " : " J'ai toujours œuvré, écrivit D.H. Lawrence, pour que la sexualité soit vécue de façon authentique et sacrée, et non pas de manière honteuse. Et c'est dans ce roman que je suis allé le plus loin. Il est pour moi beau, tendre et fragile comme ce qui est nu. "
Dernier roman publié par Lawrence, L'Amant de Lady Chatterley est l'aboutissement de son œuvre et son testament philosophique. "

Mon avis :

Pour le défi lecture d'un classique avec une histoire d'amour, j'ai opté pour ce roman.
Souvent réduit au récit d'une histoire d'amour interdite car adultère et entre une lady et un homme du peuple, il n'y a que bien peu de passion dans ce roman, et le romantisme en est absent.

L'histoire, les personnages ne sont là que pour servir les théories de l'auteur sur la lutte des classes, les rapports hommes femmes et la nécessité de ne pas déconnecter l'intellect du corps (assez freudien dans sa conception ).Même si la lecture est fluide, j'ai trouvé le côté démonstratif lourd et assez pénible.
De ce que j'ai perçu de la théorie de l'auteur : les hommes ne savent plus être des hommes mais sont des êtres immatures car ils s'éloignent de leur besoin biologiques, de leur virilité. Les femmes ne savent plus être des femmes, trop cérébrales,rejetant également les contraintes biologiques,
Du coup ils ne peuvent plus s'accorder et il ressort une certaine rancoeur de leur rapports.

Pour illustrer cela, il y a le personnage du mari ,Clifford, revenu du front paralysé à partir de la taille et impuissant, ce qui a plutôt l'air de l'arranger, lui qui au début de son mariage accorde peu d'importance à l'intimité sexuelle. Le personnage recherche un semblant de pouvoir dans une carrière d'écrivain reconnu mais dont les écrits sont creux puis dans son rôle de propriétaire de mine dont seul l'aspect industriel l'occupe, preuve encore de sa déshumanisation. Il a une forme d'attachement pour Constance fait d'une dépendance qui rappelle plus un rapport mère/enfant. Il a une relation assez similaire avec la femme qui est finalement embauchée pour prendre soin de lui.
Le premier amant de Constance, Michaelis, est un écrivain à la mode mais en marge de la société anglaise car ne faisant pas partie de l'aristocratie. Il est cynique, insatisfait de sa situation même si il est reconnu et riche, et lui aussi est souvent décrit comme enfantin.
Il y a enfin Mellors, le garde chasse, fils de mineur,. Il est cultivé même s'il affecte au départ de ne parler que patois devant Constance, et a voyagé. Revenu dans sa ville de naissance suite à une maladie, il est solitaire, vit séparé de sa femme, désabusé suite à des relations avec des femmes qu'il décrit frigides ou castratrices, mais conscient de ses besoins et désirs. Il ne recherche ni la reconnaissance ni la réussite matérielle mais veut juste vivre en paix et en accord avec sa nature.
Le personnage principal féminin, Constance est une femme cultivée, élevée dans une certaine liberté par des parents artistes et intellectuels, qui goûte plus la complicité intellectuelle que physique. Pourtant privée de sexualité,elle va peu à peu s'étioler. Le récit de son dépérissement occupe toute la première moitié du roman. C'est long, et assez déprimant, surtout que le lecteur subit tout comme elle les conversations oiseuses et stériles des amis de Clifford,. De cette première partie ressort donc une grande impression de vacuité, d'une vie sans but.

Dans la deuxième partie, la relation entre Constance et le garde chasse se développe. Là peu de conversation au début, on est dans le pulsionnel. La communication entre eux est en fait au départ assez laborieuse mais ils finissent par trouver une harmonie sexuelle où, en accord avec les théories de l'auteur, l'homme accepte sa virilité active et où la femme accepte son rôle passif, s'abandonne à l'homme. 
Le tout est amené par de jolies scènes où on voit Constance émue par un poussin, ou une scène bucolique où Mellors et Constance se parent de fleurs.
Constance qu'on voyait s'effacer progressivement, reprends confiance avec la renaissance de sa féminité qui semble culminer avec son désir d'un enfant de Mellors (qui pourtant ne semble pas montrer un grand désir de paternité, il a déjà une fille dont il s'occupe fort peu).La lutte interne de Constance face à cet abandon sensuel,est assez bien décrit. De son côté, Mellors, qu'on sent très pessimiste face à l'évolution de la société, semble reprendre espoir en envisageant un avenir comme en atteste la lettre qu'il envoie à Constance et qui clôt le roman.

La vision de la sexualité de D,H, Lawrence m'a semblé réductrice, presque dogmatique.
Cependant j'ai trouvé le roman intéressant par ce désenchantement, ce manque de sens de cette société de l'entre deux guerres telle qu'elle est décrite par D.H. Lawrence, la peur de la déshumanisation devant l' industrialisation. Les rapports entre classes sociales aussi, l'entourage de Constance n'est pas tant choqué par le fait qu'elle ait un amant mais par le choix de l'amant.
Le terme sulfureux voir érotique ( sûrement par ceux qui ne l'ont pas lu ou alors ce n'est pas la même version Shocked ) est souvent accolé au roman , et il est associé à la censure. Cela m'a vraiment posé question sur le puritanisme de l'époque (apparemment il y a eu des difficultés à le publier en Angleterre jusque dans les années 60) car pour le lecteur d' aujourd'hui rien de bien choquant. Donc je me suis demandée tout au long de ma lecture ce qui avait dérangé : quelques termes crus ? La transgression de classe (une aristocrate avec un garde chasse) ? L'adultère qui est relaté sans fin moralisatrice (l'adultère n'étant pas vraiment un thème de littérature nouveau mais les romans se finissaient presque obligatoirement par la déchéance des deux amants voir leur mort) ?

Personnellement qui m'a le plus choquée ce sont quelques allusions limites (
Spoiler:

Une froideur vaniteuse dépourvue de chaleur humaine, aussi corrompue qu'un juif de basse extraction impatient de se prostituer à la Déesse de la Réussite
Tu es desséché ! Tu ne sais que menacer avec ton argent, comme un juif ou un métèque
En fait, j'étais aigri, je croyais qu'il n'y avait plus de vraie sexualité, qu'il n'existait plus une femme capable d'éprouver un orgasme naturel avec un homme. Sauf les noires, et il se trouve que nous sommes des blancs et qu'elles, elles sont un peu fétides

purée ça pique les yeux!!! dommage que ce libre penseur très critique envers les barrières entre classes n'ait pas étendu sa réflexion aux préjugés sur les races.

)
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Kester
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